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Remises commerciales : définitions et types

Remises commerciales : définitions et types

Dans la pratique commerciale quotidienne, la remise est souvent traitée comme un levier de dernier recours, sorti en fin de négociation pour décrocher la signature. C’est une erreur de positionnement qui coûte cher, autant en marge qu’en crédibilité. Comprendre précisément ce qu’est une remise, ses différentes formes juridiques et commerciales, et la logique qui sous-tend chacune d’elles, c’est ce qui distingue un commercial qui négocie de celui qui subit.

Ce qu’est une remise commerciale, au sens strict

Une remise commerciale est une réduction du prix de vente consentie par le vendeur à l’acheteur, appliquée directement sur la facture. Elle vient diminuer le prix brut pour aboutir au prix net facturable. En droit commercial français, les remises doivent respecter les principes de transparence tarifaire issus des lois sur les relations commerciales (Code de commerce, articles L.441-1 et suivants) : elles doivent être justifiables, non discriminatoires entre clients en situation comparable. De plus, elles doivent figurer clairement dans les conditions générales de vente ou dans une convention écrite.

Ce cadre légal a une implication directe pour les équipes commerciales : une remise accordée oralement, sans traçabilité, sans critère objectif, expose l’entreprise à un risque juridique. De plus, cela crée un précédent difficile à gérer dans la durée.

Ce que j’ai vu dans la pratique : les remises commerciales sont rarement organisées et n’ont que rarement un rationnel détaillé expliquant quand, à qui et pourquoi elles peuvent être autorisées. La majorité des remises répond à une demande client en réponse à la concurrence (ou du bluff). Dans les mains d’un commercial débutant, cela peut entrainer une mauvaise vente. Dans le pire des cas, cela peut mener à une vente à perte avec des conséquences financières et parfois juridiques pour l’entreprise.

Voyons pour commencer les différents types de remises commerciales.

Les remises sur quantité

C’est le type de remise le plus structuré et le plus facile à défendre. Elle récompense un volume d’achat, soit sur une commande donnée, soit sur une période définie. On distingue deux variantes.

La remise par palier (ou « dégressif immédiat »)

Elle s’applique dès la commande : au-delà de 50 unités, 5% ; au-delà de 100, 8%. L’acheteur voit immédiatement l’impact sur sa facture. C’est un outil efficace pour pousser à l’augmentation du panier moyen.

La remise de fin de période (ou ristourne, voir plus bas)

Elle fonctionne différemment : elle est calculée a posteriori, sur le cumul des achats sur une période, généralement trimestrielle ou annuelle. Elle ne modifie pas la facture au moment de la transaction. Par contre, elle donne lieu à un avoir ou à une déduction ultérieure. Son avantage est de fidéliser sur la durée sans rogner la marge sur chaque commande individuelle.

Pour un commercial B2B qui gère des comptes récurrents, la distinction entre ces deux mécanismes est essentielle. L’un joue sur le volume immédiat, l’autre sur la relation dans le temps.

Les remises de nature commerciale et relationnelle

Au-delà du volume, les remises peuvent rémunérer une relation commerciale spécifique ou un service rendu par l’acheteur.

La remise de référencement

Elle est accordée à un distributeur ou revendeur en échange de l’intégration du produit à son catalogue. Elle est fréquente dans les modèles avec canaux de vente indirects.

La remise promotionnelle

Elle est temporaire et liée à un contexte particulier : lancement produit, fin de série, opération commerciale saisonnière. Elle a une date d’expiration et ne doit pas devenir un habitude tarifaire, au risque de décrédibiliser le prix catalogue.

La remise d’exception, souvent appelée « geste commercial »

C’est la plus sensible. Elle n’obéit à aucun critère préétabli et relève d’une décision ponctuelle, souvent liée à un litige, un retard de livraison, à une situation client particulière ou la mise en concurrence. Cependant, sans encadrement clair dans le CRM et sans validation hiérarchique, elle devient un gouffre à marges difficile à auditer.

La ristourne : une remise conditionnelle et différée

La ristourne mérite un traitement à part car elle est souvent confondue avec une simple remise volumique. Elle est définie contractuellement en début de relation commerciale. Elle est liée à l’atteinte d’un objectif global (volume, gamme, exclusivité, croissance), et versée a posteriori sous forme d’avoir ou de règlement.

La ristourne est particulièrement utilisée dans les secteurs de la distribution, du négoce et du SaaS B2B (sous forme de crédits ou de remises sur renouvellement). Sa gestion exige une traçabilité rigoureuse des engagements pris en début d’année et des achats réalisés période par période. Par conséquent, il s’agit d’un cas d’usage central pour un CRM bien paramétré.

Le pire cas : vous faites vos objectifs de l’année prochaine sans prendre en compte les ristournes parce que vous n’avez aucune visibilité dessus. J’ai vu des commerciaux découvrir en discutant avec leur client (qu’on leur a attribué) qu’il y a un historique de ristourne. Ils réalisent alors que le potentiel du client est bien moins alléchant que lors de l’attribution. A cela s’ajoute souvent des situations où le commercial demande des preuves au client … alors que c’est lui qui devrait les avoir.

L’escompte : une remise financière, pas commerciale

L’escompte glisse souvent dans la même conversation que les remises, mais il s’en distingue fondamentalement. Ce n’est pas une réduction liée à la nature de la relation commerciale ou au volume, c’est une incitation au paiement rapide. Un escompte de 1% pour règlement à 10 jours au lieu de 30, c’est du financement du poste client déguisé en avantage acheteur.

Pour un commercial, la confusion entre escompte et remise commerciale est risquée : l’un engage la politique tarifaire, l’autre relève de la politique financière. Les deux apparaissent sur la facture mais leurs logiques, leurs justifications et leurs impacts comptables sont distincts.

Ce que ça implique concrètement dans une organisation commerciale

La maîtrise des types de remises a des conséquences directes sur la façon dont une équipe commerciale doit être outillée et pilotée.

Premièrement, chaque type de remise doit être catégorisé et tracé séparément dans le CRM. Une remise promotionnelle accordée sur un deal ne doit pas être confondue avec une ristourne annuelle en cours de constitution. Sans distinction, l’analyse de la marge réelle par client, par commercial ou par segment devient impossible.

Deuxièmement, les remises d’exception doivent faire l’objet d’un workflow de validation. Un commercial ne devrait pas pouvoir saisir un taux de remise libre sans validation managériale au-delà d’un certain seuil. C’est une règle d’hygiène commerciale, pas un manque de confiance. A l’ère des réseaux sociaux, une fuite de vos niveaux de marge et des discounts possibles pourrait avoir un effet boule de neige dramatique.

Troisièmement, la grille tarifaire et les conditions de remise doivent être accessibles directement dans l’outil CRM au moment de la rédaction d’un devis. Un commercial qui doit appeler l’administration des ventes pour savoir à quelle remise un client a droit perd du temps. Il prend aussi le risque d’accorder n’importe quoi pour avancer.

Pourquoi les commerciaux sous-estiment l’impact des remises sur la marge

Une remise de 10% sur un produit à 40% de marge brute ne réduit pas la marge de 10%. Elle la réduit de 25%. C’est l’une des distorsions cognitives les plus courantes dans les équipes de vente : raisonner sur le prix, pas sur la marge.

Un commercial qui comprend la structure de coûts derrière son offre, et qui sait que chaque point de remise supplémentaire a un effet multiplicateur sur la marge, négocie différemment. Il cherche d’abord à justifier le prix par la valeur. Ensuite, il n’utilise la remise qu’en dernier recours, de façon mesurée et documentée.

C’est là que la formation sur les mécanismes de remise rejoint la stratégie commerciale : ce n’est pas qu’une question de comptabilité, c’est une question de positionnement et de discipline.

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