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BODACC : surveiller rachats, procédures collectives et changements de dirigeant chez ses clients

BODACC : surveiller rachats, procédures collectives et changements de dirigeant chez ses clients

Un client régulier passe en redressement judiciaire, et son fournisseur l’apprend trois semaines plus tard, quand la facture du mois revient impayée. Un prospect suivi depuis un an change de président, et le commercial continue d’écrire à un dirigeant parti. Dans les deux cas, l’information était publique, gratuite et datée : elle figurait au BODACC. Encore faut-il la surveiller sans y passer ses matinées.

Le BODACC, journal officiel de la vie des entreprises

Le BODACC, Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales, est publié par la DILA (Direction de l’information légale et administrative). Il rend publics les actes enregistrés par les greffes, et sa publication fait courir plusieurs délais légaux, dont celui de la déclaration des créances. Il se consulte gratuitement sur bodacc.fr et ses annonces sont diffusées en données ouvertes.

Le bulletin paraît en trois éditions : le BODACC A pour les immatriculations, les ventes et cessions de fonds de commerce et les procédures collectives, le BODACC B pour les modifications et les radiations, le BODACC C pour les dépôts des comptes annuels. C’est l’une des familles décrites dans notre guide de la prospection par signaux d’affaires, avec un avantage rare : la source est officielle et chaque annonce désigne une société sans ambiguïté.

Ce que disent les annonces, et ce qu’un commercial peut en faire

AnnonceUsage commercial
Immatriculation (création)Premiers fournisseurs à choisir
Changement de dirigeantRemise à plat des fournisseurs, fenêtre d’entrée
Transfert de siège, nouvel établissementCroissance probable, besoins d’équipement
Changement de capital, d’activité, de dénominationRepositionnement, arrivée possible d’un investisseur
Vente ou cession de fonds de commerceNouveaux décideurs, contrats renégociés
Procédure collectiveRisque : sécuriser les encours, suspendre la prospection
RadiationClôturer les dossiers, nettoyer le CRM
Dépôt des comptesMettre à jour chiffre d’affaires et résultat

Un nouveau dirigeant remet souvent les fournisseurs à plat

C’est l’annonce la plus utile pour prospecter. Un dirigeant qui arrive examine d’abord les contrats et les outils dont il hérite. Un fournisseur installé depuis dix ans peut alors être remis en concurrence, et un nouveau venu obtenir le rendez-vous qu’on lui refusait. Chez un client, la même annonce appelle la vigilance : le sponsor qui a signé n’est peut-être plus là. La logique rejoint celle d’un contact qui change de poste, vue depuis l’entreprise.

Transfert de siège, nouvel établissement : la croissance se lit à l’adresse

Une société qui s’installe dans des locaux plus grands ou ouvre un site dans une autre ville recrute, s’équipe et signe : bail, mobilier, informatique, télécoms, assurance. Croisée avec une levée de fonds récente, l’annonce confirme un changement d’échelle. Un transfert peut aussi traduire une réduction de voilure : la nouvelle adresse dit souvent dans quel sens va l’entreprise.

Cession, fusion, rachat : les décideurs et les outils changent

Une cession de fonds, une fusion ou l’entrée dans un groupe redistribuent les rôles : achats remontés au siège du repreneur, outils harmonisés, contrats dénoncés à l’échéance. Pour le fournisseur en place, il faut identifier le nouveau décideur avant qu’il ne choisisse sans lui ; pour un fournisseur extérieur, c’est une ouverture. Le rachat des titres d’une société n’est pas toujours publié en tant que tel : il se lit souvent à travers ses conséquences, un nouveau président, un nouveau siège ou un nouveau nom quelques semaines plus tard.

Comptes déposés et radiations : tenir le CRM à jour

Le dépôt des comptes permet de mettre à jour le chiffre d’affaires et le résultat d’une fiche société, donc de requalifier un compte qui grandit ou décroche (une partie des petites sociétés demande toutefois la confidentialité de ses comptes). La radiation, elle, sert à clôturer les dossiers et à sortir le compte des séquences d’emails.

Procédure collective : un signal de risque, pas une opportunité

La sauvegarde est demandée par une entreprise en difficulté qui n’est pas en cessation des paiements. Le redressement judiciaire concerne une entreprise en cessation des paiements dont le redressement paraît possible. La liquidation judiciaire est prononcée quand il est manifestement impossible : l’activité s’arrête, sauf poursuite provisoire, et les actifs sont vendus.

Chez un client : sécuriser ce qui est dû

Dès le jugement d’ouverture, les factures antérieures sont gelées : l’entreprise n’a plus le droit de les régler. Pour espérer être payé, il faut déclarer sa créance auprès du mandataire judiciaire (le liquidateur en cas de liquidation) dans les deux mois suivant la publication du jugement au BODACC, quatre mois pour les créanciers établis hors de France métropolitaine. Une créance déclarée trop tard ne participe pas aux répartitions, sauf relevé de forclusion accordé par le juge-commissaire. Une clause de réserve de propriété permet de revendiquer les marchandises, dans les trois mois suivant cette même publication.

Le contrat en cours ne peut pas être résilié du seul fait de l’ouverture de la procédure, et rien n’interdit de continuer à servir le client. En revanche, aucun nouveau crédit ne devrait être accordé sans précaution : paiement à la commande, acompte, encours plafonné.

Chez un prospect : s’abstenir ou adapter

Une entreprise en redressement concentre ses moyens sur sa survie. La prospecter comme si de rien n’était fait perdre du temps aux deux parties : mieux vaut suspendre les relances et noter la date de l’annonce pour y revenir après l’adoption d’un plan. Si l’offre aide réellement à traverser la période (réduction de coûts, recouvrement), une approche reste possible, sans jamais citer la procédure dans le message. Écrire « nous avons vu que vous étiez en redressement » ferme la porte pour longtemps.

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Le SIREN, clé de toute surveillance

Chercher une entreprise par son nom expose aux homonymes et aux changements de dénomination. Le numéro SIREN, à neuf chiffres, identifie une société de façon unique et ne change pas quand elle déménage ou se renomme. Les annonces mentionnent le numéro d’immatriculation au registre, qui reprend le SIREN. Une surveillance fiable suppose donc un CRM où chaque compte porte le sien : on peut le retrouver à partir du SIRET ou du nom de l’entreprise, ou laisser l’enrichissement automatique des fiches sociétés le renseigner.

Surveiller à la main ou recevoir des alertes

Pour une poignée de comptes, la vérification manuelle suffit. Sur bodacc.fr, une recherche par SIREN affiche l’historique des annonces d’une société. L’Annuaire des entreprises de l’État réunit sur une même page l’identité, les dirigeants et les annonces BODACC : un bon réflexe avant un rendez-vous ou avant d’accorder un délai de paiement.

La limite arrive vite. Vérifier vingt clients chaque mois prend une heure, et une procédure ouverte entre deux passages ampute le délai de déclaration. Au-delà de quelques dizaines de comptes, chaque nouvelle annonce doit remonter d’elle-même, sur la bonne fiche, avec sa date. Soit en croisant soi-même les données ouvertes du BODACC avec la liste des SIREN du portefeuille, ce qui demande du développement, soit avec un outil qui fait ce rapprochement en continu. Dans Charik, le palier Pro rattache les alertes société (procédure collective, rachat, changement de dirigeant) à la fiche concernée, à côté des informations issues de l’enrichissement par les données publiques françaises, dont le BODACC fait partie.

Reste à router chaque alerte : la procédure collective au responsable du compte et à la comptabilité, avec une action dans la semaine ; le changement de dirigeant ou le transfert de siège au commercial, sous forme de tâche ; le dépôt de comptes en simple mise à jour. Combinés aux recrutements ou aux levées de fonds, ces événements aident à contacter une entreprise au bon moment plutôt qu’au hasard du calendrier.

Questions fréquentes

La consultation du BODACC est-elle gratuite ?

Oui. Le site bodacc.fr, édité par la DILA, permet de consulter gratuitement toutes les annonces, également diffusées en open data. Seuls les services qui ajoutent une surveillance automatique ou un rapprochement avec un fichier clients sont payants.

Combien de temps a-t-on pour déclarer une créance après une procédure collective ?

Deux mois à compter de la publication du jugement d’ouverture au BODACC, quatre mois pour les créanciers établis hors de France métropolitaine. La déclaration se fait auprès du mandataire judiciaire, ou du liquidateur en cas de liquidation. Passé ce délai, il faut demander un relevé de forclusion au juge-commissaire, accordé seulement dans un délai limité et à des conditions strictes.

Un changement de dirigeant apparaît-il toujours au BODACC ?

Pour une société immatriculée au registre du commerce, la nomination d’un nouveau représentant légal donne lieu à une inscription modificative, publiée ensuite au BODACC, en général quelques jours à quelques semaines après la décision. Les directeurs salariés qui ne sont pas mandataires sociaux, un directeur commercial par exemple, n’y figurent pas.

Peut-on prospecter une entreprise en redressement judiciaire ?

Rien ne l’interdit, mais l’entreprise concentre ses moyens sur sa survie. Mieux vaut suspendre les relances et revenir après l’adoption d’un plan. Si l’offre aide vraiment à traverser la période, une approche reste possible, sans jamais évoquer la procédure dans le message.

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